...L’épreuve des preuves©

Depuis 1999 LOV recense, grâce à vous,
le meilleur des arts divinatoires pour vous préserver du pire.

lien vers le forum
Fabre D’Olivet & le Tarot
Article mis en ligne le 27 août 2004

par Alain Bougearel
logo imprimer

Fabre d’Olivet et le Tarot

J’ai tenté
lors de la publication par les Editions Envol de Toulouse en 1997 de "Origines
et hsitoire du tarot" d’offir aux chercheurs un essai liant la vision
qabbaliste et pythagoricienne de Fabre d’Olivet aux arcanes du Tarot.

Ce n’est en aucun
cas une recherche historique mais quelque chose s’inscrivant dans l’esprit
de ce gnostique de la Révolution française - à relier
aux "mythologies égyptiennes" des Comte de Mettet et
de Court de Gebelin.

L’ordre médiéval des arcanes majeurs

La vision qabbalistique du tarot s’appuie fondamentalement sur le Tarot de Marseille  ; elle assimile la succession numérotée depuis le premier arcane - Le Bateleur - jusqu’à la dernière lame - Le Mat - aux 22 lettres-nombres de l’alephbeith.

Cette succession numérotée
appartient aux débuts de la Renaissance alors que la numération
d’ordre qui structure les vingt-deux majeurs du Marseille ne date que
de 1557.

Or, les lames majeures
ne sont pas numérotées dans les anciens tarots.

Toutefois, il existe
un ordre différent du Tarot de Marseille qui date de la fin du
XVe siècle. Cet ordre est exposé dans un sermon d’église
fustigeant l’usage des cartes et a été porté à
la connaissance du public averti par Fémment, spécialiste
mondial du Tarot, Stuart R. Kaplan.

« Il semble
que la liste la plus ancienne des atouts se trouve dans un manuscrit de
la fin du XVe siècle portant sur un sermon contre les jeux d’argent.

L’auteur, un prêtre,
décrit et condamne l’usage des dés et des cartes ordinaires
des quatre couleurs. Il donne ensuite le nom des Trionphi selon la liste
suivante :

1
- Le Bateleur
2 - L’Impératrice
3 - L’Empereur
4 - La Papesse
5 - Le Pape
11 - L’Ermite
12 - L’Empêché
13 - La Mort
14 - Le Diable
15 - La Flèche
16 - L’Étoile


6 - La Tempérance
7 - L’Amoureux
8 - Le Chariot
9 - La Force
10 - La Roue
17 - La Lune
18 - Le Soleil
19 - L’Ange
20 - La Justice
21 - Le Monde
22 - Le Mat


Sermones De Ludo Cum Aliis
Manuscrit fin XVe siècle
Liste la plus ancienne des atouts

Il est intéressant
de noter que l’ordre suivi par les arcanes majeurs ainsi que leurs dénominations
sont différents de la coutume actuelle - celle du Marseille.
 »

Stuart
R. Kaplan,
The encyclopedia of Tarot, vol. I.

Jusqu’à
présent, personne n’a, à ma connaissance, approfondi la
raison d’être de cet ordre médiéval qui révèlerait
une numéro-astrologie fort ancienne reposant sur le symbolisme
des dix premiers nombres de l’Arbre de Vie de la Qabbale et sur les douze
stations zodiacales de l’astrologie extrême-orientale.

10
+ 12 = 22

L’enseignement
spirituel latent

Cette numéro-astrologie
contient un enseignement spirituel à l’état latent.

En effet,
l’étude attentive de l’ordre ancien des arcanes majeurs aboutit
à la mise en évidence du processus d’incarnation de l’Homme
(les dix premiers arcanes) sur Terre (les douze arcanes suivants).

L’expérience
humaine y est décrite comme étant l’initiation fondamentale.

En définitive,
l’Homme est unique mais démultiplié en milliards d’exemplaires
apparemment distincts les uns des autres.

À
ce titre, nous sommes tous de l’éternité donc de la permanence
qui se matérialise : processus d’incarnation, isolée et
morcelée - l’être individuel - dans le Temps,
c’est-à-dire dans l’éphémère et le transitoire
de la durée.

Cette traversée
du temps est celle de la mort.

Depuis notre
naissance nous ne faisons que mourir, car seul ce qui est né peut
décéder.

En fait,
il n’y a que la mort qui puisse mourir...

Ce témoignage
se concrétisa dans les trois nécropoles géantes de
Guiseh.

L’éternité,
ce fut Isis ; l’être individuel, l’Osiris N. et la
traversée du temps, Seth.

Le Livre
des anciens morts égyptiens - littéralement Livre
de la sortie au jour, ainsi que le Tarot, le Livre de Thoth,
renvoient non à l’au-delà - sens exotérique
- mais à l’ici-bas - sens ésotérique.

Nous ne faisons
que « passer » dans le monde de la mort, c’est-à-dire
dans l’univers du temps et de l’espace qui évolue en dessous de
la vitesse de la lumière...


Les dix premiers arcanes majeurs, une numérologie qabbalistique

 
1
Le Bateleur
(I)
 
3
L’Empereur
(IIII)
 
2
L’Impératrice
(III)
5
Le Pape
(V)
 
4
La Papesse
(II)
 
6
La Tempérance
(XIIII)
 
8
Le Chariot
(VII)
 
7
L’Amoureux
(VI)
 
9
La Force
(XI)
 
 
10
La Roue
(X)
 
Légende : Ordre médiéval.
Nom de l’arcane.
Ordre du Tarot de Marseille.
 


Les dix premières
lames du Tarot disposées en Arbre de Vie de la Qabbale
décrivent l’organisation subtile du temple humain.

L’Arbre de
Vie doit être visualisé comme le reflet de notre propre image
dans un miroir.

Ainsi la
colonne composée des nombres 2, 4 et 7 est-elle à droite,
celle des nombres 3, 5 et 8, à gauche, l’axe 1, 6, 9 et 10 au centre.

La colonne
de droite symbolisera l’héritage transmis par l’animalité
en l’Homme.

Celle de
gauche représentera le travail de contrôle que réalisera
l’Homme par rapport à ces acquis naturels et innés.

En réalité,
la colonne de gauche exprime l’axe de la culture par opposition à
celui de la nature - colonne de droite. Les termes de « nature
 » et de « culture » sont employés ici dans leur
acception ethnologique. Grosso modo, on pourrait représenter le
concept de nature par l’image de la forêt sauvage tandis que celui
de culture dénoterait l’effort spécifiquement humain d’aménagement
de cette même nature : débroussaillage et création
de clairières, etc.

La voie du
milieu indiquera les résultats acquis à la suite de ce travail
de transformation et ce, en vue d’une évolution future. Ce futur
auquel participe l’Homme en vue de l’espèce à venir : l’Homme
demeurant un moment de l’évolution, donc un être transitoire
qui prépare actuellement le maillon mutant de la chaîne évolutive.

Le travail
humain est assimilable au « travail » de la femelle enceinte
 : cette « grossesse » « travaille » sur le triple
plan de la pensée consciente, du discernement éthique et
du contrôle des actions dans la perspective de développement
de qualités d’équilibre, de maîtrise et de réalisation
en accord avec le vouloir du destin.

La colonne de droite

Composée
des trois séphiroth Hockmah, Hesed, Netsah, elle comprend les nombres
2, 4 et 7. Elle exprime l’axe issu de la nature en l’Homme :

- L’Impératrice
(II) : le psychisme intuitif, subconscient ;

- La Papesse
(IV) : la spontanéité de l’émotionnel ;

- L’Amoureux
(VII) : le désir instinctif, l’action d’Eros(2).

 

 

 

 

 

L’Amoureux
Tarot de Visconti-Sforza

La colonne de gauche

Elle
comprend les trois séphiroths Bina, Gebura et Hod, dont les nombres
respectifs sont 3, 5 et 8.

- L’Empereur (III) représente la pensée
consciente faite de logique et de discursivité dont la tâche
consiste à comprendre rationnellement l’intuition et le psychisme
subconscient de l’Impératrice (II) ;

- Le Pape (V) exerce un discernement moral rigoureux sur
le surgissement des émotions émises depuis la Papesse (IV)
 ;

- Le Chariot (VIII) symbolise le contrôle victorieux
de l’Amazone qui guide habilement les blancs coursiers de Rhésus,
chevaux sacrés dédiés à Apollon, l’archer
du désir amoureux.

Elle guide ainsi sûrement l’impulsivité désirante
et instinctive de l’Amoureux (VII) vers l’acquisition des qualités
inhérentes à l’arcane suivant qui exprime la maîtrise
acquise : La Force (IX).

 

 



Le Chariot

Tarot de Visconti-Sforza

La voie du milieu

La
voie du milieu s’érige droite comme une épée en parfait
équilibre entre les deux plateaux d’une balance représentés
par les deux colonnes verticales de gauche et de droite où siégeraient
les deux « maats » du jugement des morts des anciens égyptiens.

Trois plus une, donc quatre séphiroth, s’échelonnent
le long de l’axe central :

- Keter (1) ;
- Tiferet (6) ;
- Yesod (9) ;
- Malkut(10).

- Le Bateleur (I) :
L’impulsion première du Logos dans son processus d’incarnation
dans les quatre éléments se spécifie dans le geste
initial du Bateleur dont se devront de rendre compte le couple :Impératrice
(II) ; Empereur (III).

 

 


Le Bateleur

Tarots de Visconti-Sforza

 

- La Tempérance (VI) :

Elle équilibre et revivifie de sa verdeur fondamentale -
symbole du sixième « ka » égyptien - le
fluide vital permettant de la sorte au discernement du Pape (V) de réguler
le cours spontané des humeurs émotionnelles de la Papesse
(IV).

La Tempérance
Tarot de Visconti-Sforza

La Force
Tarot de Visconti-Sforza

-
La Force (IX) :
Hercule soutient les deux colonnes du Temple. Il figure le neuvième
ka égyptien, expression de la force. Puissance d’énergie
et gestuelle parfaitement harmonieuse. Héraclès, de sa massue
- colonne de droite : contrôle humain -, maîtrise
tout en épousant le mouvement naturel de la lionne - colonne
de gauche : part de la nature, de l’inné en l’homme.


Le
couple humanité/animalité regarde conjointement vers un
horizon commun :
La Roue de Fortune (X) placée en Maikut.

- La Roue
de Fortune : Quatrième sur la voie du milieu qu’elle termine, elle
signifie le devenir perpétuel, l’alpha et l’oméga se rejoignant
en un cercle : l’écliptique terrestre. Les quatre âges de
la vie, analogiques des quatre saisons de l’année, y sont dessinés
avec au centre l’image d’une femme aux yeux bandés comme si nous
avions des yeux pour ne pas voir notre destinée. Ce n’est pas le
destin qui est aveugle, mais nous qui sommes incapables de le percevoir.

Les trois
triplicités représentatives des trois niveaux d’incarnation
en l’Homme (psychisme / émotionnel / action) se réaliseront
dans le « royaume » - Maikut - de la Roue de Fortune(3).

La roue du
devenir indique la destinée de celui qui s’incarne dans le Temps
donc sur le globe terrestre que ceinture l’écliptique du zodiaque.

 


La Roue de Fortune
Tarot de Visconti-Sforza

Les douze arcanes majeurs restants et l’astrologie sacrée

Les douze arcanes suivants décriront successivement
les douze stations zodiacales de la Roue de Fortune :
S ymbole de l’incarnation terrestre placée sous le signe de l’écoulement
du temps.


Planisphère égyptien (1652)

Les douze régions symboliques de l’écliptique
terrestre sont le parcours de l’initié - l’Osiris N. -
depuis que Seth - Chronos, le temps, le serpent temporel, l’ouroubolos
zodiacal - l’a avalé en l’immergeant dans les eaux de la
temporalité tel un crocodile qui happe ses proies vivantes pour
les plonger dans les profondeurs du Nil - image égyptienne
de l’incarnation dans la roue de l’existence
(4).

      11
L’Hermite
(VIIII)
     
    12
L’Empêché
Le Pendu
(XII)
  22
Le Mat
(......)
   
  13
La Mort
(XIII)
      21
Le Monde
(XXI)
 
14
Le Diable
(XV)
          20
La Justice
(VIII)
  15
La Flèche
La Maison-Dieu
(XVI )
      19
L’Ange
Le Jugement
(XX)
 
    16
L’Étoile
(XVII)
  18
Le Soleil (XVIIII)
   
      17
La Lune
(XVIII)
     
Légende : - Ordre médiéval - Nom de l’arcane - Ordre du Tarot de Marseille

 

L’alpha zodiacal

 

On
a vu précéremment que le Tarot occidental provenait d’Orient,
voire d’Extrême-Orient, l’Égypte constituant le maillon manquant
de la migration des cartes vers l’Occident latin.

Le zodiaque tarologique semble bien être d’origine
extrême-orientale car il commence sous la maîtrise de Saturne
en Capricorne : la période du 21/12 au 19/1 inaugurant le zodiaque
de l’hémisphère Sud.

Saturne est symbolisé par le sablier de l’arcane
XI - l’Ermite du tarot médiéval - image du temps
qui s’égrène le long de la piste zodiacale qu’il commence.

L’Ermite initie la traversée du Temps - le
sablier - que parcourt ici-bas le candidat à l’initiation
 : symbole de la patience, de la persévérance, de la ténacité
nécessaires à la réalisation des ambitions en cette
vie...

 


L’Hermite

Tarot de Visconti-Sforza

 

L’oméga zodiacal

Le
périple de l’initié se terminera sous le signe de Jupiter
en Sagittaire,
Roi d’épée
sur le Tarot de Marseille.

C’est le maître
de justice dont le fléau trouve l’origine en Maat - XXII
arcane majeur

 

- Coiffé de
plumes d’autruche. La déité du jugement des morts égyptiens
représentait le principe d’équité, de justice et
de vérité qui présidait à la pesée
des âmes.

Les plumes d’autruche
étant toutes de même longueur signifiaient la mesure juste
parfaitement équitable.

Maat ne juge pas,
mais laisse l’homme se juger lui-même ipso facto en totale conformité
avec ce qu’il fut dans son incarnation. Du jugement dépen­dra
le départ vers la cité des justes ou le retour dans le temps
pour une autre vie terrestre.

 

 


Le Mat,
Tarot de Visconti-Sforza

 

Les quatre triplicités et les douze stations du zodiaque extrême-oriental

Notre volonté
n’est pas de rédiger une étude approfondie du symbolisme
astrologique mais de repérer dans chacun des douze arcanes XI à
XXII l’image ou le concept significatifs du signe astrologique correspondant.

Les douze
arcanes seront présentés en quatre triplicités successives.

1.

1.1. L’ERMITE-XI

Saturne en
Maison X analogique du signe du Capricorne

Symbole :
Le sablier de Chronos.

1.2. LE PENDU-XII

Saturne en
Maison XI analogique du signe du Verseau

Concepts
 :
- Le dévouement altruiste ;
- Le détachement ;
- Le martyr volontaire.

1.3. LA MORT-XIII

Jupiter en
Maison XII analogique du signe des Poissons

Mythologies
 :
- Phoïbos - Apollon originel (le dieu archer qui lance le trépas).
- Anubis.

2.

2.1. LE DIABLE-XIV

Mars en Maison
I analogique du signe du Bélier

Mythologies
 :
- La puissance vitale d’Amnon, le dieu égyptien à tête
de bélier procréateur.
- Dyonisos.

2.2. LA TOUR FOUDROYÉE - XV

Vénus
en Maison II analogique du signe du Taureau

Clef biblique
 :
- Le dieu El, le veau d’or, image de la vie orgastique et du plaisir des
sens et des biens matériels foudroyé par l’interdit mosaïque
- la foudre de Yahvé (une tête de vache apparaît
aux pieds de la tour du Foglio Cary du XVIe siècle).
- Yahvé éprouvant la foi de Job en détruisant ses
possessions.
- La tour de Babel

2.3. L’ÉTOILE -XVI

Mercure en
Maison III analogique du signe des Gémeaux

Mythologies
 :
- Iris, soeur à’Hermès, messager des dieux.
- Thoth.

3.

3.1. LA LUNE-XVII

Lune en Maison
IV analogique du signe du Cancer

Mythologie
 :
Diane romaine - avant son assimilation tardive à Artémis
- dame des fauves, chasseresse sauvage, déesse lunaire de
la nature, protectrice de la maternité.

3.2. LE SOLEIL-XVIII

Soleil en
Maison V analogique du signe du Lion

Mythologie
 :
Apollon tardif, frère jumeau de Diane, dieu solaire, maître
de l’égide - bouclier magique de lumière.

3.3. L’ANGE DU JUGEMENT - XIX

Mercure en
Maison VI analogique du signe de la Vierge

Clef biblique
 :
L’ange de l’spocalypse de Saint-Jean.

4.

4.1. LA JUSTICE-XX

Vénus
en Maison VII analogique du signe de la Balance

Symbole :
La Balance de la Justice et le Cavalier d’Épée.


4.2. LE MONDE - XXI

Mars en Maison
VIII analogique du signe du Scorpion

Clef biblique
 :
Image de la transformation de la Jérusalem terrestre en cité
céleste, du passage historique de Eve à Marie.

Mythologie
 :
La très chaste Artémis y règne en vierge blanche
 : son offenseur Orion sera piqué au talon par le scorpion vengeur
qui assurera la vengeance de l’outrage subi par la farouche déesse.


4.3. LE MAT-XXII

Jupiter en
Maison IX analogique du signe du Sagittaire

Roi d’épée
sur le tarot marseillais. Mythologie :

Le dieu Maat,
dieu de justice, coiffé de plumes d’autruche, signe de juste mesure.

Étape
finale du voyage initiatique sur terre : confrontation avec l’au-delà.

 


Les arcanes majeurs et la croix ansée d’Isis

L’enseignement
majeur des mystères égyptiens résida dans l’affirmation
de notre immortalité lors du passage initiatique dans le Temps.

Ainsi réintégrons-nous
notre corps symbolique cos­mique car celui-ci est le corps même
d’Osiris déchiqueté par Seth.

L’immortalité
est la part perdue, tandis que le corps morcelé en douze morceaux
est représenté par l’ourouboros zodiacal.

Voilà
le signe de Jonas, la signification de l’érection de la croix :
mort, métamorphose et résurrection.

« La
croix ansée d’Isis, emblème de vie divine et d’éternité,
figure l’état dans lequel se débattait l’initié ;
plus exactement, elle représente l’état de mort, la crucifixion
de l’élu et, dans certains temples, l’initié était,
par les prêtres, couché sur un lit en forme de croix. »

Albert Champdor
Le Livre des morts

Les initiations
égyptiennes, celles des temples de Memphis, d’Héliopolis
et de Diospolis à l’instar de l’antique tradition grecque des « 
mystères d’Eleusis » puisd’Orphée marqueront profondément
le pythagorisme qui inspirera ultérieurement le platonisme.

Alain
Bougearel

 

1. Il faut néanmoins rendre justice
au gnostique Fabre d’Olivet qui sut exposer dans sa Philosophie pythagoricienne
une doctrine métaphysique remarquablement proche de celle issue
de l’examen des arcanes majeurs du Tarot médiéval.

« (...) La doctrine métaphysique
que je viens d’exposer brièvement... ne se trouve nulle part aussi
nettement exprimée, et qu’ainsi je ne puis l’appuyer à aucune
autorité directe. Ce n’est qu’en partant des principes posés
dans les Vers dorés, et en méditant longtemps sur ce qui
a été écrit de Pythagore, qu’on peut en concevoir
l’ensemble. »


2. L’Amoureux (VII) du tarot médiéval
n’a aucune hésitation, comme ce sera le cas pour l’arcane VI du
tarot marseillais. La notion de choix et de libre-arbitre n’a pas encore
cours ici. Il représente Eros, le mouvement du désir amoureux
que la vie cherche à assouvir, en lui et par lui, instinctivement.
Il se dirige vers l’objet de son amour, sa dame, animé par Cupidon
.


3. Fabre d’Olivet avait parfaitement pressenti
cette organisation subtile de l’homme dans sa Philosophie pythagoricienne.

Il décrit le quaternaire humain dans
le sens de la remontée de la Shekkina, c’est-à-dire que,
depuis Maikut, il remonte l’Arbre de Vie jusqu’à Keter, selon l’ordre
ascendant des trois niveaux d’incarnation : action, émotion, psychisme.

« L’homme a reçu, pour se conduire
dans la carrière qu’il doit parcourir sur la terre (La Roue de
Fortune que décriront les douze stations zodiacales correspondant
aux douze arcanes majeurs ultérieurs), trois forces appropriées
à chacune des trois modifications de son être, et toutes
trois enchaînées à sa volonté.

La première, attachée au corps,
est l’instinct (plan de l’action illustré par la dyade Amoureux-Chariot
que maîtrise la Force) ; la deuxième, dévouée
à l’âme (siège des sentiments) est la vertu (plan
de l’émotion : spontanéité émotionnelle de
la Papesse contrôlée par le discernement moral du Pape qu’harmonisera
la Tempérance) ; la troisième, appartenant à l’intelligence,
est la science ou la sagesse (plan du psychisme : verbe premier du Bateleur
pressenti par le subconscient de l’Impératrice qui se conscientise
dans l’Empereur).

Ces trois forces, indifférentes par
elles-mêmes, ne prennent ce nom que par le bon usage que la volonté
en fait. Car, dans le mauvais usage, elles dégénèrent
en abrutissement, en vice et en ignorance. L’instinct perçoit le
bien et mal physique résultant de la sensation : la vertu connaît
le bien et le mal moraux existant dans le sentiment. La science juge le
bien ou le mal intelligibles qui naissent de l’assentiment. Dans la sensation,
le bien ou le mal s’appellent plaisir ou douleur ; dans le sentiment,
amour ou haine ; dans l’assentiment, vérité ou erreur.

La sensation, le sentiment et l’assentiment,
résidant dans le corps, dans l’âme et dans l’esprit, forment
un ternaire, qui, se développant à la faveur d’une unité
relative, constitue le quaternaire humain, ou l’Homme considéré
abstractivement.

Les trois affections qui composent ce ternaire
agissent et réagissent les unes sur les autres, et s’éclairent
ou s’obscurcissent mutuellement ; et l’unité qui les lie, c’est-à-dire
l’Homme, se perfectionne ou se déprave, selon qu’elle tend à
se confondre avec l’unité universelle, ou à s’en distinguer.

Le moyen qu’elle a de s’y confondre, ou de
s’en distinguer, de s’en rapprocher ou de s’en éloigner, réside
tout entier dans sa volonté, qui, par l’usage qu’elle fait des
instruments que lui fournil le cops, l’âme et l’esprit, s’instinctifie
ou s’abrutit, se rend vertueuse ou vicieuse, sage ou ignorante, et se
met en état de percevoir, avec plus ou moins d’énergie,
de connaître et de juger avec plus ou moins de rectitude ce qu’il
y a de bon, de beau et de juste dans la sensation, le sentiment ou l’assentiment
 ; De distinguer avec plus ou moins de force et de lumière le bien
et le mal ; et de ne point se tromper enfin dans ce qui est réellement
plaisir ou douleur, amour ou haine, vérité ou erreur. »

Antérieurement, Fabre d’Olivet explique
que « rien de ce qui existe n’arrive par hasard, mais par l’union
de la loi fondamenrale et provi­dentielle avec la volonté humaine
qui la suit ou la transgresse, en opérant sur la nécessité.
L’accord de la volonté et de la providence constitue le bien ;
le mal naît de leur opposition.. »

II définit préalablement les
termes de liberté, de nécessité et de providence
selon la philosophie pythagoricienne : « J’ai dit que Pythagore
admettait deux mobiles des actions humaines, la puissance de la Volonté,
et la nécessité du destin, et qu’il les soumettait l’un
et l’autre à la loi fondamentale appelée la providence,
de laquelle ils émanaient également.

Le premier de ces mobiles était libre,
et le second contraint : en sorte que l’homme se trouvait placé
entre deux natures opposées mais non pas contraires, indifféremment
bonnes ou mauvaises, suivant l’usage qu’il savait en faire.
 »


4. Selon Fabre d’Olivet, Pythagore enseigne
que « l’avenir se compose du passé, c’est-à-dire que
la route que l’homme parcourt dans le temps, et qu’il modifie au moyen
de la puissance libre de sa volonté, il l’a déjà
parcourue et modifiée ; de la même manière que la
terre décrivant son orbite annuelle autour du soleil parcourt les
mêmes espaces et voit se déployer autour d’elle à
peu près les mêmes aspects : en sorte que, sui­vant de
nouveau une route qu’il s’est tracée, l’homme pourrait, non seulement
y reconnaître l’empreinte de ses pas, mais prévoir d’avance
les objets qu’il va rencontrer, puisqu’il les a déjà vus,
si sa mémoire en conservait l’image, et si cette image n’était
pas effacée par une suite nécessaire de sa nature et des
lois providentielles qui les régissent.

Voilà la doctrine de Pythagore... elle
était celle des mystères et de tous les sages de l’Antiquité.
Origène, qui l’a combattue, l’attribue aux Égyptiens, aux
pythagoriciens et aux disciples de Platon. Elle était contenue
dans les livres sacrés des Chaldéens, cités par le
Syncelle, sous le titre de livres géniques. Sénèque
et Synésius l’ont soutenue comme entièrement conforme à
l’esprit des initiations. »

Fabre d’Olivet perçoit dans l’idée
de Pythagore la « véritable source de la science astronomique
des anciens ».

La science astrologique, ou généthlialogie,
reposait sur le dogme pythagoricien de selon lequel « l’univers
lui-même parcourait, après une suite incalculable de siècles,
les mêmes révolutions qu’il avait déjà parcourues,
et ramenait, dans le vaste déploiement de ses sphères concentriques,
tant pour lui que pour les sphères qui le composent, la succession
des quatre âges, dont la durée relative à la nature
de chaque être, immense pour l’Homme universel, se borne dans l’individu,
à ce qu’on appelle enfance, jeunesse, maturité et vieillesse,
et se représente sur la terre par les saisons fugitives du printemps,
de l’été, de l’automne et de l’hiver. »

C’est là le symbolisme de la piste zodiacale
symbolisée dans le Tarot par les quatre âges de la Roue de
Fortune que décriront successivement les douze arcanes majeurs
suivants.

Constatant l’empire que l’astrologie exerça
sur les Chaldéens, les Égyptiens et les Phéniciens,
Fabre d’Olivet affirme que « l’Antiquité tout entière
n’était certainement ni folle ni stupide, et les sciences qu’elle
cultivait s’appuyaient sur des principes, qui, pour nous être totalement
inconnus, n’en existaient pas moins. Pythagore... nous révèle
ceux de la généthlialogie, et de toutes les sciences divinatrices
qui s’y rattachent. »

« En effet, si l’avenir se compose du
passé, c’est-à-dire d’une chose déjà faite,
sur laquelle se déploie de proche en proche le présent,
comme sur la circonférence d’un cercle qui n’a ni commencement
ni fin, il est évident qu’on peut parvenir, jusqu’à un certain
point, à le connaître, soit au moyen du souvenir, en considérant
dans le passé l’image de révolution entière, soit
au moyen de la prévision, en portant la vue morale, plus ou moins
loin, sur la route que l’univers est en mouvement de parcourir. »

Dans la lecture que fait Fabre d’Olivet de
Pythagore, la prévision de l’avenir était un art dépendant
d’un don de la providence réservé aux initiés possédant
les connaissances et la sagesse qui en règle l’emploi.

« D’ailleurs les pontifes qui en étaient
seuls chargés, initiés aux grands mystères et possédant
l’ensemble de la doctrine, savaient fort bien que l’avenir, tel même
qu’ils pouvaient espérer le connaître dans la perfection
de la science (des astres), n’était jamais qu’un avenir indécis,
une sorte de canevas sur lequel la Puissance de la volonté pouvait
s’exercer librement. De telle manière que, quoique la matière
fût déterminée d’avance, la forme ne l’était
pas, et que tel événement imminent pouvait être suspendu,
évité ou changé par un concours d’actes de la volonté,
inaccessible à toute prévision. »

Pour comprendre la pensée de Fabre d’Olivet,
il faut se rappeler que selon Pythagore « la puissance de la volonté
s’exerçait sur les choses à faire ou sur l’avenir ».

C’est pourquoi dans le chapitre de la philosophie
pythagoricienne consacré à la science antique des astres,
il exhorte le lecteur :

« Laisse les fous agir et sans but et
sans cause,
Tu dois, dans le présent, contempler l’avenir »

Fabre d’Olivet commente ainsi les mots fameux
du grand hiérophante de la Grèce, Tirésias : « 
"Ce que je vois arrivera, ou n’arrivera pas," c’est-à-dire
l’événement que je vois est dans la nécessité
du destin, et il arrivera ; à moins que la puissance de la volonté
ne le change : auquel cas, il n’arrivera pas. »

En effet la puissance de la volonté
règne sur le futur tandis que « la nécessité
du destin sur les choses faites, ou sur le passé ; (selon Pythagore)...
l’une alimentait sans cesse l’autre, en travaillant sur les matériaux
qu’elles se fournissaient réciproquement : car, selon cet admirable
philosophe, c ’est du passé que naît l’avenir, de l’avenir
que se forme le passé, et de la réunion de l’un et de l’autre
que s’engendre le présent toujours existant, duquel ils tirent
également leur origine : idée très profonde, que
les stoïciens avaient adoptée. Ainsi, d’après cette
doctrine, la liberté règne dans l’avenir, la nécessité
dans le passé, et la providence sur le présent. »

Fabre d’OLIVET,

Philosophie pythagoricienne.
Les gnostiques de la Révolution


Forum
Répondre à cet article

Professionnels testés et accrédités

Les promotions

Pour être prévenu des offres promotionnelles, réductions, gratuités, avantages, offerts ponctuellement par les praticiens accrédités, remplissez le champ suivant :



puceContact puceEspace rédacteurs puce

RSS Valid XHTML 1.0 Strict

2003-2017 © L’Officiel de la Voyance - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.86.10
Hébergeur : Serveur dédié OVH