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Le déclin du Tarot de Marseille dans l’occultisme est-il irréversible ?

"L’imposture taromantique" / Second chapitre : - Structure du jeu - Canon marseillais - Sémantique

Article mis en ligne le 5 mars 2005

par Laurent Edouard
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Littérature (version bêta du livret à paraître donnée à éditer, à titre exceptionnel et gracieux, à L’Officiel de la Voyance [1])


Le déclin du Tarot de Marseille dans l’occultisme est-il irréversible ?

Extrait de "L’imposture taromantique" Copyright 2005 - Laurent EDOUARD

Nous allons décrire ici la structure du jeu de tarot, préciser la sémantique tarologique et définir ce que nous entendons par l’expression « Tarot de Marseille ».

Le jeu de tarot est constitué de 78 cartes dans sa forme initiale, celle que nous connaissons la mieux parce qu’elle s’est pérennisée, mais nous savons qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

Cet ensemble de 78 cartes est lui-même constitué de deux sous-ensembles ; d’une part, un premier groupe de 56 cartes et d’autre part, un second groupe de 21 cartes plus une.
Les symboles des couleurs sont nommés « enseignes ».

Il existe plusieurs systèmes d’enseignes en Europe. Les enseignes françaises sont familières aux joueurs modernes.

Il s’agit des « Cœur », « Trèfle », « Pique » et « Carreau ».

Les enseignes italiennes, celles du « Tarot de Marseille », sont toujours en vigueur en Italie. Il s’agit des « Coupe », « Deniers », « Épée » et « Bâton ». « Deniers » est au pluriel.

Le premier groupe comprend deux séries. Celle des cartes des honneurs présente 16 cartes (4 couleurs x 4 honneurs), à savoir les Roys, les Reynes, les Valets et les Cavaliers.

S’y ajoute la série des cartes numérales, dites aussi « cartes de points » (4 couleurs x 10 cartes numérotées de 2 à 10). L’as ne porte pas de numéro et symbolise l’outil, ou enseigne, décliné dans chacune des sous-séries de 10 cartes.

Ces 56 cartes sont nommées par les occultistes « arcanes mineurs » sans que personne ne sache pourquoi !

Il s’agit d’une terminologie impropre dans la mesure où ces cartes n’ont rien de « mineures », leur nombre étant d’ailleurs plus important.

Le second groupe introduit 21 + 1 cartes, les atouts ou triomphes que les occultistes appellent « arcanes majeurs » sans que nous n’en sachions non plus la raison !

La carte à part n’est pas numérotée, c’est la raison pour laquelle, bien que du point de vue graphique elle puisse facilement s’apparenter aux 21 autres, il serait arbitraire de la rattacher d’emblée au sous-ensemble des atouts.

Au contraire, il s’agit plutôt d’une carte « hors-jeu », les joueurs la nomment « l’Excuse », « LE FOU » ou « LE MAT ».

Jean-Marie Lhôte, illustre spécialiste du tarot, développe dans le livret qui accompagne le jeu de Paul Marteau (1930) aux Éditions Dusserre, la thèse selon laquelle « l’excuse » pourrait facilement être rattachée aux 56 honneurs et cartes de points.

Il s’appuie notamment sur la symbolique des nombres 56 et 21, caractéristiques de l’architecture du tarot. Vous lirez avec profit son développement sur ce sujet.

Toutes ces questions de vocabulaire méritent la plus grande attention si vous souhaitez comprendre comment le tarot a pu se transformer en outil de pouvoir dans les mains des occultistes qui, non satisfaits d’avoir trafiqué les images, ont de surcroît inventé un langage pour les servir.

L’abondante littérature ésotérique en a même oublié que le jeu de tarot comprend sept cartes nommées « tarots ».

Ces sept tarots sont LE BATELEUR, premier atout du groupe de cartes du même nom, LE MONDE, dernier atout, LE FOU aussi désigné par LE MAT et les quatre ROYS. Vous noterez que ces « 7 tarots » sont issus des cartes des deux sous-ensembles constitutifs du jeu.

N’est-ce pas la preuve qu’il est bel et bien un tout de 78 cartes indissociables, contrairement à la thèse des occultistes qui ne considèrent que les « 22 arcanes majeurs » ?

Vous trouverez souvent dans cette même littérature le terme de « lames », synonyme d’« arcanes ». Or, les lames de métal censées être un support de fabrication des cartes sont en fait des moules de bois !

Pourquoi ne pas les avoir nommées plus judicieusement « moules » ?

A n’en pas douter, nous avons affaire à un mystère de plus, censé renforcer la fiction ésotérique dans laquelle se complaisent depuis deux siècles de nombreux amateurs de cartomancie.
Nous développerons ce point ultérieurement.

L’expression « Tarot de Marseille » ne définit pas un jeu en particulier mais un modèle, un canon, un style graphique spécifique et commun à plusieurs jeux de maître-cartiers différents appartenant tous à la Tradition des imagiers membres de ces confréries de cartiers.

Ce canon précise à la fois un ordre des atouts et une dénomination relativement stables au cours de l’histoire du jeu.

Nous savons que l’histoire des atouts en Italie révèle une douzaine d’ordres différents.

Seule XIII LAMORT n’a jamais changé de place. L’agencement propre au « Tarot de Marseille » dans sa plus ancienne version connue, celle de Maître Jean Noblet (Paris - circa 1650), est le suivant :

I LL BATELEVR ; II LA●PAPESSE ; III L EMPERATRISE ; IIII LEMPEREVR ; V LE●PAPE ; VI ●LAMOVREVX● ; VII LE CHARIOT ; VIII IVSTICE ; VIIII LERMITE ; X LA ROVE●DE FORTVNE ; XI FORCE ; XII LE●PENDV● ; XIII LAMORT ; XIIII ●LEMPERANCE● ; XV LEDIABLE ; XVI LA MAISON●DIEV ; XVII LESTOILLE ; XVIII LALVNE ; XVIIII LESOLEIL ; XX LEIVGEMENT ; XXI LEMONDE et LE FOV.

Les noms des atouts présentent des subtilités graphiques variables selon les jeux.

Nous nous attacherons à ces détails dans un prochain chapitre pour tenter de déterminer s’il s’agit de détails signifiants ou non. Notons au passage que cette manière de dénommer les atouts dans un cartouche spécial situé dans la partie inférieure des cartes est une invention française, caractéristique du Tarot de Marseille.

Mais alors, pourquoi Marseille vous demandez-vous peut-être ?

Tout simplement parce que cette ville était un foyer particulièrement actif de l’industrie des cartes et qu’en conséquence nous possédons de nombreuses versions de tarots à enseignes italiennes issues des cartiers marseillais.

A SUIVRE...

Notes :

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Le déclin du Tarot de Marseille dans l’occultisme est-il irréversible ?
Jacobs Alain - le 30 mars 2011

« C’est à Paul Christian (Jean-Baptiste Pitois, 1811-1877) que nous devons l’emploi des termes lames et arcanes, devenus classiques dans la littérature ésotérique pour désigner les cartes de tarot » (Thierry Depaulis, article « Tarot » de l’Encyclopedia Universalis). C’est en effet à partir de 1863, que les occultistes divisent les cartes en deux groupes en utilisant le terme « arcane », pris chez Paracelse, pour désigner les cartes : les cartes d’atouts sont désignées par le terme arcanes majeurs, et les autres cartes, cartes de points dites numérales et figures ou honneurs, sont désignées comme arcanes mineurs (Thierry Depaulis, Tarot de Paris, André Dimanche, Marseille, 1984).

Pourquoi "Lame" et "Arcane"
Pryb - le 20 juin 2009

Bonjour,

1 - Origine du mot "Lame" :
Les premiers jeux de cartes étaient gravés ou peints sur divers supports tels que des lames de bois, d’où leur nom. Je ne vois pas pourquoi l’auteur veut absolument qu’elles aient étés en métal. Après, pourquoi avoir conservé cette appellation archaïque ? Tout simplement parce que ce n’était pas possible d’en changer ! Par exemple, les maîtres cartomanciens avaient coutume de dire à leurs apprentis : "Le tarot contient, de vingt-deux lames, ses leçons."

Phrase qui n’a pas beaucoup de sens en elle même et dont la construction est plus qu’étrange. Cependant, lorsqu’elle est prononcée à haute voix, elle peut être entendue comme : "Le tarot qu’on tient, devin de l’âme, c’est le son".

Ce qui signifie que la clef du tarot réside dans le son, le langage des oiseaux étant couramment utilisé par les occultistes pour coder leurs messages. Changer le mot "lame" par "carte" ou "bout de bois" aurait faussé le jeu de mot associé. Il a donc bien fallu garder le vocabulaire d’origine.

2 - Arcanes mineures/majeures
Comme vu précédemment, les lames du tarot contiennent des messages codés. En français, "arcane" signifiant "secret", il n’est pas étonnant que les cartes soient nommées ainsi.

Ensuite, il me semble que selon les règles du tarot, un atout (arcane majeure) l’emporte toujours sur une carte moindre (arcane mineure). L’origine de l’appellation va donc de soit, les cartes les plus "puissantes" étant "majeures" alors que celles qui sont moindres se contentent d’être "mineures".

Sur ce, je laisse les lecteurs méditer sur ces révélations fracassantes.

Pryb.

On n’échappe pas à "la conjuration des imbéciles" mais on n’est pas obligé de s’y rallier
Joël Mangeot - le 25 mai 2006

Monsieur,

J’ai été ravi de lire enfin un article sensé sur le Tarot de Marseille, qui allie une verve polémique certaine à une grande richesse d’informations. C’est un beau travail à la fois synthétique et détaillé. On peut ne pas être d’accord avec tout ce qui y est dit, mais il est agréable, pour une fois, de ne pas tomber là sur un pur tissu de délires.

Il est en effet temps de régler son compte à un certain occultisme qui a la fatuité ambivalente de "s’appuyer" sur une Tradition imaginaire tout en prétendant "corriger" les traditions réelles. A cet égard, si les Anglo-saxons ont vraiment poussé la chose à des extrémités insupportables, il n’est pas vain de rappeler que la dégradation avait déjà commencé en France.

Mon intétêt pour le Tarot est très récent : je me suis procuré mon premier jeu il y a une semaine au moment où j’écris. Mais cela fait quelques années que je m’intéresse au Zhouyi (le "Yi-King"), ouvrage au sujet duquel on lit à peu près autant d’aberrations, de la part du même genre de personnes (qui vont des plus purs illuminés aux autorités les plus doctes - mais toujours à des fins de vendre leur maigre science). Cependant, là encore, si les générations successives de sinologues sont loin d’avoir accompli dignement leur tâche, les premiers à incriminer sont les commentateurs chinois. Aussi, il était pour moi assez "plaisant" de voir figurer le Tai Ji sur le livre de la Papesse dans la version de Wirth...

J’attends avec impatience la publication de votre ouvrage, dont vos articles sont, si j’ai bien compris, des extraits en guise d’avant-goût. Gageons que ses heureux lecteurs s’épargneront de fastidieuses pertes de temps à consulter les travaux douteux de théosophes variés qui, malheureusement, apportent de l’eau au moulin des scientistes positivistes en leur présentant une alternative bien ridicule.

A leur échelle, vos articles m’ont déjà prévenu de bien des lectures stériles. Pour cela, merci.

Faites-nous bien vite savoir où vos recherches vous mènent.

Cordialement.

J.M.

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