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Tarot et néo-catharisme
Article mis en ligne le 22 avril 2004

par Alain Bougearel
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Pèlerins du Jugement dernier : Cathédrale d’Autun

Les images des 22 sujets allégoriques du "Tarot" plongent leurs racines iconographiques dans la statuaire médiévale, notamment dans celle liée au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle - qu’il s’agisse de la Cathédrale de Chartres,

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Le Diable : Chartres [Photo Jean-Claude Flornoy]
Etrange détail Le Diable "danse" sur le dessus d’une Tour tout comme l’arcane XV du tarot de Marseille (Diable) précède immédiatement la Tour foudroyée (arcane XVI)

des abbayes de Souillac ou Moissac voire de la Basilique de St Sernin de Toulouse ou de la Cathédrale d’Autun...

Dans cette perspective, l’on aurait tort de négliger l’influence plausible des croyants néo-cathares sur les "rédacteurs" du "Tarot".

Le Visconti-Sforza

Parmi les tarots médiévaux, le jeu le plus complet qui ait été conservé en quasi-intégralité est le Piermont Morgan Bergamo, plus connu sous le nom de Visconti-Sforza. Le jeu fut offert au duc de Milan vers 1450.

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Papessa du Visconti-Sforza
La plus ancienne liste des atouts du XVè siècle (antérieure à la numération plus connue du tarot de Marseille de 1557) décrivait spéciquement la Papessa comme une hérétique :
"O miseri quod negat Christiania fides" (O misérable qui renie la Foi Chrétienne)

Il y eut une papesse dans la famille Visconti : Sœur Manfreda Visconti di Pirovano, qui périt sur le bûcher de l’Inquisition (1300). Elle s’inscrivait dans la lignée idéologique de Joachim de Flore, dont les écrits encouragèrent les mouvements apocalyptiques fondamentaux, précurseurs et prérévolutionnaires du Moyen Âge.

Les prophètes de l’Esprit Saint. Les espérances du « millenium » et les Joachites.

Au début du XIVe siècle, Les prêcheurs itinérants cathares perpétuent la pratique du baptême de l’Esprit (Le sacrement du consolament par imposition des mains de Parfaits). Ils eurent une très grande importance à Florence et à Milan.

Pendant ce temps, l’apostolique Gérard Sigorelli de Parme subit le bûcher romain, tandis que les foules de Toscane et de Lombardie restent sous l’emprise de Fra Dolcino de Novare et sa compagne Marguerite. Ils assimilaient l’église romaine à la bête de l’Apocalypse et prophétisaient à la fois sa fin et la fin des temps - l’Esprit Saint instaurant un nouvel âge d’or.

Les thèses évangéliques de la communauté des frères, sœurs et tiers-ordre laïc des franciscains spirituels d’Occitanie s’inspiraient de Joachim de Flore. Ils furent durement réprimés par l’Inquisition.

Après, des apostoliques ardemment convaincus de l’approche du millenium de l’Esprit Saint prôné par l’abbé Joachim de Flore firent de la Lombardie leur lieu d’expansion. Eschatologiquement, cela aurait figuré l’arrivée du règne de l’Esprit Saint, qui eût ainsi mis fin au règne de l’église catholique romaine corrompue.

- « (Ces derniers) reprirent et amplifièrent la prophétie des trois âges de Joachim de Flore entre le XIIe et le XIVe siècle (et) furent à l’origine du mythe du nouvel empereur Frédéric dont l’avènement signifierait la destruction de l’église corrompue et le début de l’âge de l’Esprit. » - - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

Le Tarot occidental serait-il une représentation prophétique des Joachites ?

Dans cette optique, il faudrait entrevoir les vingt-deux arcanes majeurs dans le sens des commentateurs des prophéties de Joachim de Flore.

Le Mat serait le juif errant, donc Adam expulsé de l’éden terrestre

- « Le premier de ces trois états du monde (qui correspondent aux trois âges de l’humanité liés successivement aux règnes des trois personnes divines unifiées dans le mystère de la trinité chrétienne : Père, Fils et Paraclet, annoncé par Jésus dans l’Évangile de saint Jean dispensateur du baptême de l’Esprit Saint) s’est déroulé sous le règne de la foi, alors que le peuple élu, encore faible et dans l’esclavage, n’était pas capable d’arriver à l’affranchissement ». « Le premier de ces états qui brille sous le signe de la loi (mosaïque) et de la circoncision (de la chair dans l’Ancien Testament par opposition à celle du cœur prôné par le nouveau pacte d’alliance signé dans le sang de l’Agneau christique) fut instauré par Adam. »

- « Car l’Ancien Testament du point de vue de la lettre semble bien appartenir au Père »

Le Monde serait le Christ en majesté, donc le Messie

- « (Le premier âge de l’humanité) se continua jusqu’à fut venu Celui qui a dit : "Si le Fils vous délivre, vous serez réellement libres." Le second de ces états fut instauré par l’Évangile et dure jusqu’à l’heure présente (1254 ?), apportant à la vérité affranchissement à l’égard du passé, mais nullement à l’égard de l’avenir. Car l’Apôtre a dit : "Nous connaissons en partie et nous prophétisons en partie, mais quand ce qui est parfait sera venu (l’Esprit Saint), ce qui est partiel disparaîtra ». (2e épître de saint Paul aux Corinthiens).

- « Le second de ces états qui brille sous le signe de l’Évangile fut instauré par Ozias. »

- « Et le Nouveau Testament semble bien appartenir au Fils. »

Le Jugement serait Esprit Saint, donc la Liberté

- « Mais l’entendement spirituel (de l’Ancien Testament du Père et du Nouveau Testament du Fils) relève du Saint Esprit » « or le Seigneur (la Trinité achevée) c’est le Saint Esprit et là où est l’Esprit, là est la Liberté. »

- « Le troisième état s’ouvrira vers la fin de ce siècle (1260 ?) où nous sommes. Déjà nous l’apercevons qui se dévoile, en plein affranchissement spirituel, lorsque le faux Évangile du fils de perdition sera annulé et détruit ainsi que son prophète ». (Beaucoup assimilèrent la bête de l’apocalypse à l’église romaine.)

- « Le troisième état... dont l’excellence ne sera comprise qu’à la fin des temps, lorsque Élie réapparaîtra, et que l’incrédule peuple juif reviendra à Dieu. Alors l’Esprit Saint surgira et clamera de sa grande voix : " Le Père et le Fils ont agi jusqu’à maintenant. Et maintenant, moi j’agis. »

Soleil - Lune - Étoiles

- « Et voici que ceux qui s’instruiront alors dans la justice (du Jugement de l’Esprit Saint) seront nombreux et voici qu’ils apparaîtront semblables à la splendeur du firmament (Soleil et Lune : les deux luminaires), voici qu’ils luiront comme des étoiles dans les perpétuelles éternités (Étoiles) ».
- - - Traduction : E. Aegerter

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Fortuna : Carmina Burana
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Rota de Fortuna : Visconti-Sforza

D’autres analyses étudient différemment la probable influence joachite sur les rédacteurs du Tarot. La plus brillante demeurant, à mon sens, celle de mon collègue et ami John Meador qui soutient au travers de la "Clef de David" (the Key of David) une présence qabbaliste provençale au travers des thèses franciscaines des Spirituels influencés par Joachim de Flore

Les autres arcanes majeurs représenteraient des personnages. En plus de la papesse joachite, les arcanes figurant le Pape (Serait-ce Boniface VIII ?) et l’Empereur (Est-ce Frédéric II, décédé en 1250, le dernier des Hohenstaufen ?) tout comme les lames du Chariot, de la Roue de Fortune, de la Force ainsi que de la Mort, du Diable et de la Maison Dieu, ces arcanes pourraient dépendre de la mystique prophétique joachite extrême.

D’autres analyses étudient différemment la probable influence joachite sur les rédacteurs du Tarot. La plus brillante demeurant, à mon sens, celle de mon collègue et ami John Meador qui soutient au travers de la "Clef de David" (the Key of David) une présence qabbaliste provençale au travers des thèses franciscaines des Spirituels influencés par Joachim de Flore.

Frédéric II, le parti des gibelins et des Cathares

Frédéric II occupa sa cour à Palerme. Pressentant le caractère d’ouverture de la prochaine Renaissance italienne, c’est en 1224 qu’il fonde l’université de Naples ; ouvert aux arts occultes, il encourage l’échange entre judaïsme, christianisme et islam. Il dirigera l’Italie et l’Allemagne, mais en 1245, le pape le déposera et l’excommuniera.

Les cités autonomes italiennes sont d’ordinaire souvent de sujétion agnostique (patarine) et anti-papiste, c’est-à-dire pour l’empereur Frédéric et contre le pape (gibelins).

L’église cathare fut donc protégée des contraintes et pressions de l’Inquisition papale par les habitants des villes.

« Tant que la stature de Frédéric II domina, les cathares des cités n’eurent guère plus à craindre de l’église catholique que l’antipathie de ses grands clercs et les médisances de leurs traités. »
- - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

Le soutien politique du parti des gibelins, ainsi que de la tradition urbaine du patarisme, avantagèrent le catharisme italien.

Anne Brenon, dans Le vrai visage du catharisme cita :
- « La seule force politique capable de soutenir (l’église cathare) était à l’évidence la caste de l’oligarchie urbaine qui soutenait le parti de l’empereur pour défendre ses libertés et ses droits : celle des gibelins. De fait, les gibelins eux-mêmes se montrèrent toujours soucieux de s’assurer le concours financier ou même militaire des croyants ou d’hérétiques, et protégèrent régulièrement les hérétiques eux-mêmes contre les tentatives de l’Inquisition... Ainsi faut-il attribuer à des convictions patarines ou à des opinions gibelines, ou plus sûrement à un mélange des deux, les soulèvements des cités italiennes, fières et jalouses de leur indépendance, grandes familles en tête, comme à Florence en 1245 (face aux excès des inquisiteurs dominicains).

Lorsque, dans le second versant du siècle - fin XIIIe - le parti des guelfes, avec l’intervention de Charles d’Anjou, prit le pas sur la résis­tance gibeline, aristocratique et citadine, l’Inquisition devint systématique. »

La Lombardie se transforma alors en un pays de persécutions comme tout comme ce fût le cas en Languedoc.

« Quant au catharisme bogomile originaire de Bulgarie, il s’établit à Byzance courant du Xe siècle d’où il irradie vers l’occident. Traversant l’Italie il arrive en France au début du XIIe siècle (...) Le catharisme bogomile se maintiendra en Italie du Nord jusqu’au XVe siècle et fera une brève incursion au Midi au XIVe siècle, après la destruction des Albigeois au XIIIe siècle. »

Les catharismes italien et occitan étaient en aval du catharisme bogomile. Certains érudits, comme Anne Brenon, pensent à un événement qui aurait touché en même temps la Champagne, l’Aquitaine, l’Empire byzantin, l’Occitanie et l’Italie du Nord. Cela eut lieu autour de l’an Mil, en 970 pour les Bogomiles et en 1015 pour les premiers bûchers de Toulouse.

À Byzance et en Bulgarie, vers l’an 970, le pope Bogomil (ami de Dieu) prêcha une doctrine manichéenne qui se verra être la base du catharisme. Les Bogomiles se révoltent en 1084 en Thrace. Le chef des Bogomiles, Basile, finît sur le bûcher à Constantinople en 1118, alors que les croyants hétérodoxes éminents de Byzance sont condamnés à la prison à vie.

En Bulgarie et en Macédoine, le bogomilisme s’organise en églises, ceci en 1025. Les prêcheurs bogomiles sillonnent dorénavant tout l’Empire byzantin. Le catharisme oriental s’impose sur le christianisme orthodoxe en Asie Mineure ; il s’ancre fermement à Constantinople.

Au XIIe siècle, « le dignitaire cathare d’Orient, Nicétas, lors de sa mission en Occident, cite en 1167 à Saint-Félix-Lauragais cinq églises organisées entre l’Asie Mineure et l’actuelle Yougoslavie ».
- - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

Des écrits datant de peu après l’an Mil prouvent l’existence des cathares en Occitanie et en Italie. On signala des prêcheurs hérétiques cathares en Occitanie et en Aquitaine. Certains seront brûlés à Toulouse, entre 1015 et 1025. À Orléans, en 1022, dix chanoines du haut clergé sont exécutés sur le bûcher pour hérésie dualiste.

À Milan, vers 1030, la comtesse du château de Monteforte, qui protégeait un groupe d’hérétiques, sera brûlée avec les membres de ce dernier. La fédération des églises occitanes date de 1167, suite au congrès de Saint-Félix-Lauragais. Mais l’origine du catharisme est plus ancienne. Toujours en 1167, le pope Nicétas de Constantinople, fait une visite officielle pour les églises d’Asie en Italie. L’évêque cathare de Lombardie, Marc, collabora avec lui au niveau des églises occitanes.

- « La doctrine cathare se rédige après 1167, date du concile cathare de Saint Félix de Lauragais auquel participe l’évêque byzantin Nicétas : elle est ce que l’on appelle la "revitalisation d’une ancienne hérésie, l’origénisme des Pères du désert de Nitrie au IVe siècle" ».

- « Le catharisme des Albigeois du Midi (de 1167 jusqu’à la chute de Montségur en 1244) est un mélange d’origénisme avec un peu de manichéisme, opéré sans doute dans les milieux intellectuels byzantins (...)

Les documents (...) sur la doctrine des cathares radicaux proviennent du catharisme italien imprégné de l’Origénisme tel qu’il fut professé par des ascètes et des intellectuels, surtout dans le désert égyptien. »
- - - Ioan Couliano et Mircea Éliade. Dictionnaire des religions

Plus tard, après la chute de Montségur, ce sera surtout en Lombardie que prendra refuge ce qui subsistera des églises cathares, ainsi que dans le reste de l’Italie du Nord. Le trésor de l’église de Montségur a contribué à la survie de cette église en exil, qui avait pour rôle de former et dépêcher vers l’Occitanie des clandestins, jusqu’au début du XIVe siècle.

- « La mention des départs pour la Lombardie se retrouve dans pratiquement toutes les dépositions devant l’Inquisition de la fin du XIIIe siècle : le phénomène fut massif, les voyages sont collectifs, accompagnés de transferts de fonds. »
- - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

L’évêque cathare de l’Albigeois, Aimery du Collet, s’exile en Lombardie, peu avant 1250. Il incita un mouvement qui sera suivi par de hautes autorités dualistes, face aux progrès de l’Inquisition.

- « L’église de Toulousain était en exil : depuis le début des années 1250, l’évêque Vivent, qui avait succédé à Arnaud Roger, résidait en Lombardie avec son fils majeur, Guillaume del Pech, et le diacre de Toulouse, Raimon Mercier ; on les signala à Plaisance, à Crémone. Le dernier évêque de Toulousain connu, Bernard Olieu, fut attesté à Sirmione puis à Gênes jusqu’en 1278, tandis que son fils majeur, Philippe Cathala, exerçait à Pavie. »
- - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

La noblesse lombarde

Henri de Welfen - d’où « guelfes » - duc de Bavière et de Saxonie, fort de l’appui du pape, disputait la couronne impériale à Conrad III de Hohenstaufen seigneur de Waibligen, empereur germanique en 1138. Le mot « gibelin » signifiait partisan de Conrad III.

Pendant que les gibelins et les patarins soutenaient le catharisme italien, les parfaits et croyants dualistes n’eurent que peu d’inquiétudes, car l’empereur et le pape "s’immobilisent" l’un l’autre.

Entre 1266 et 1268, après l’intervention du frère de saint Louis, Charles d’Anjou, le parti guelfe acquiert la supériorité sur les gibelins. L’Inquisition s’impose alors. En 1278, après les arrestations de Sirmione, un bûcher s’allume à Vérone, comme celui qui avait exterminé les parfaits de Montségur. Cependant, dans les lieux que les gibelins continuent à contrôler, comme à Pisé, les Cathares ne sont pas pourchassés.

Pourtant, le pouvoir du pape se développe et la fin du XIIIe siècle sonne le glas pour les églises cathares italiennes. Le catharisme persista malgré cela jusqu’au XVe siècle en Italie du Nord, bien qu’il atrophia la pureté doctrinale de ses débuts. Il se mêlera aux autres courants hétérodoxes.

Les cours italiennes et les Tarots

Une hypothèse existe selon laquelle les vingt-deux majeurs aient été un récit symbolique du catharisme oriental, destiné à la constitution des nobles de Lombardie. Elle provient du fait que l’ensemble des tarots médiévaux occidentaux est historiquement issu des cours italiennes lombardes, qui sont elles-mêmes voisines du dualisme mélangé byzantin.

- « Les Tarots purent (...) être (...) l’exposition symbolique de l’hérésie dualiste qui, reflet manichéen, envahit les cours des nobles aux XIVe et XVe siècles... Les arcanes majeurs se prêtent en effet facilement à rappeler ce dualisme ; mais cette signification aurait disparu à la suite de la rigueur de l’Inquisition, et les Tarots n’auraient survécu que parce qu’ils n’étaient plus que des séquences de cartes à jouer. »
- - - Gabriele Mendele, I tarrochi di Visconti

À propos de cette exposition symbolique, il ne s’agit pas du livre cathare lui-même, dont chaque prédicateur détenait une copie. À juste titre, les parfaits étaient redoutés pour leur science des écritures saintes qu’ils commentaient selon une interprétation dualiste.

La bibliothèque municipale de Lyon possède une copie unique de cette bible cathare, nommée Nouveau Testament de Lyon (manuscrit écrit PA 36) accompagnée du Rituel Occitan incluant les 4 évangiles, les Épîtres canoniques et les Actes des Apôtres ; elle aurait été imprimée vers la moitié du XIIIe siècle, soit dans le territoire du comté de Foix ou peut-être dans le vicomté de Carcassonne. Les imagiers du tarot l’auraient destiné aux garatenses, partisans aristocratiques milanais d’un dualisme mitigé. Ainsi une étude bibliographique publiée par mon confrère Ross Sinclair Caldwell des bibliothèques personnelles des familles Visconti ou d’Este montre-t-elle que ces dernières furent profondément influencées par les courants ésotériques et "magiques" de l’époque...

Les atouts du tarot auraient ainsi été esquissés dans le but d’édifier l’aristocratie lombarde, très proche des cours occitanes dans ses préoccupations et ses préférences morales ou passionnelles. Comme le dit Anne Brenon, les cours italiennes étaient « partagées harmonieusement entre une religiosité spirituelle et des aspirations amoureuses mêlant déjà Fin Amors au Dolce Stil Nuovo. »

Les Cathares et le jugement dernier

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La Force : Chartres


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Tempérance : Chartres


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La Justice : Autun

- Les Cathares utilisèrent les routes des pèlerinages notamment celui de Saint-Jacques-de-Compostelle pour diffuser l’hérésie chrétienne et se soustraire à la vigilance de l’Inquisition catholique romaine.

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La Tour Foudroyée et La Fuite en Egypte : Moissac

Les Cathares croyaient à la Roue de la Réincarnation

Mais contrairement aux affirmations de leurs adversaires, ils croyaient aussi au Dernier Jugement.

Ainsi dans l’arcanum des Cathares "Interrogatio Johannis" est-il écrit textuellement :

- « Et Jean interrogea le Seigneur sur le jour du Jugement :

...

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Le jugement

Et le Seigneur ordonnera à son ange de sonner de la trompette. La voix de l’Archange dans la trompette sera entendue depuis le ciel jusqu’aux enfers... et alors le Soleil s’obscurcira et la Lune ne donnera plus de lumière : les étoiles tomberont ...

...

Alors apparaîtra le Signe du Fils de l’Homme et avec lui les Saints Anges et Il placera son siège sur les nuées et Il siégera sur le Trône de Sa Majesté avec les 12 Apôtres assis sur les 12 sièges de sa Gloire.

Et les livres seront ouverts et Il jugera tout l’univers selon la foi qu’Il a prêchée...

...

Le fils de l’homme retirera les Élus du milieu des non-croyants et Il leur dira : Venez vous qui êtes les bénis de mon Père ; possédez le royaume qui a été préparé pour vous depuis l’organisation du monde.

...

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Pèlerins du Jugement dernier : Cathédrale d’Autun

[Lors de la Séparation Ultime] les âmes (spiritus) sortiront de la prison [des corps : tuniques corporelles] et aussi ma voix sera entendue et il n’y aura plus qu’un seul bercail et un seul pasteur."

- "C’est là le "secret" (arcanum) des hérétiques de Concorrezo apporté de Bulgarie à Nazaire, leur évêque..." commente l’Inquisiteur de Carcassonne. »

Le Syncrétisme spirituel du XIVe siècle

Un mélange des différents courants hérétiques dans un syncrétisme original eut lieu au XIVe siècle. Le catharisme originel absolutiste des dualistes ne s’amalgamera pas aux courants dissidents liés à Joachim de Flore.

En effet, les Parfaits sont iconoclastres et non iconolâtres : ils répugnent à l’usage des images dans un but spirituel.

Mais les croyants cathares, eux, n’eurent pas le même "purisme".

Ce sont ces mileux des croyants cathares qui purent influencer les rédacteurs des Trionfi.

En effet, il y eut un la fin du XIVe siècle et au commencement du XVe siècle de singulières miscellanées idéologiques issues des différentes convictions hérétiques.

- « À la fin du XIVe siècle, à Chieri (...), Giacomo Bech déposait, devant l’Inquisition, avoir été successivement apostolique, cathare au point d’aller chercher un enseignement en Bosnie, puis vaudois. »
- - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

- « Le catharisme (du XIVe siècle) participa sans aucun doute au dernier brassage qui mêla vieilles et jeunes pulsions religieuses dissidentes de la fin du Moyen Âge, en un front commun de défense devant l’Inquisition, et en un syncrétisme populaire indéniable, particulièrement en Italie du Nord. »
- - - Anne Brenon, Le vrai visage du catharisme

Les différents courants spirituels

Vaudès de Lyon ouvrit le courant vaudois, en 1173. Ce courant était moins opprimé de façon systématique que le catharisme. Il se répandit malgré l’Inquisition depuis la vallée du Rhône jusqu’en Bohême et en Pologne via l’Italie du Nord.

Les Lollards, adeptes de l’anglais Jean Wycliff (1384) ou les Hussites, adeptes de Jean Hus, recteur de l’université de Prague, brûlé vif en 1415 à Constance, se placeront dans la mouvance réformiste radicale.

La mort de Hus provoquera une rébellion populaire meurtrière violente, face aux autorités catholiques et à l’occupation allemande de la Bohême. La croisade papale de 1420 se conclura en 1424 par la mort de Zirka, chef hussite.

En 1532, irrémédiablement, les mouvements vaudois et hussite incorporeront la réforme protestante au synode de Chanforan.

Thomas Münzer (1489-1525) présenta une face plus marginale, rebelle et parfois libertine du protestantisme radical. Il fut à la souche du courant anabaptiste dans lequel se joignirent paysannat et chevalerie locale.

Luther désapprouvera les anabaptistes et en 1525, ils furent impitoyablement écrasés par la Ligue des princes réformés. Plus tard, les courants marxistes et libertaires reprendront certaines de leurs idées.

Avant ces faits spécifiques au XVIe siècle, les Vaudois et les Hussites en profitèrent pour se fédérer durant la seconde moitié du XVe siècle. Suite à leur défaite militaire de 1424, le mouvement valdo-hussite s’organise idéologiquement et l’on trouve confirmation dès 1468 de liens serrés entre les églises hussites des frères de Bohême et les communautés vaudoises de Bohême et du Brandebourg.

En 1470, les églises vaudoises du Piémont auront des relations officielles avec ces derniers. Les églises vaudoises du Piémont avaient établi un abri du syncrétisme religieux en mélangeant cathares emplis de catharisme bosniaque, apostoliques, joachites et spirituels.

En parlant des années 1400, Anne Brenon, dans Le vrai visage du catharisme, cita :
- « les habitants patarins de Chieri allaient chercher l’enseignement et le consolament en Bosnie où le christianisme dualiste fut religion officielle jusqu’à la fin du XVe siècle grâce à l’adhésion des notables : grandes familles féodales proches du pouvoir, ou commerçants tournés vers Raguse. Les rois de Bosnie eux-mêmes le favorisaient ».

En 1360, il y eut la croisade contre les cathares de Bosnie. Les souverains bosniaques se convertirent, face à la menace ottomane. Les Catholiques persécutèrent alors une dernière fois les cathares.

Au XVe siècle, l’islam ottoman, plus tolérant que le catholicisme romain, absorba les catharismes de Serbie, de Bosnie et de Bulgarie.

Historiquement, on peut évoquer que les vingt-deux majeurs formuleraient sous une apparence symbolique le syncrétisme italien et que les tarots proviennent de Lombardie, des cours italiennes proches du dualisme mitigé byzantin.

On peut avancer que la symbolique des arcanes majeurs prend ses sources de ces différentes idéologies et découle de ce syncrétisme spirituel.

Les représentations théâtrales de rue et les "trionfi" de Pétrarque

Les lames contiendront dans leur iconographie les croyances, les désirs et les espoirs partagés de nombreux membres des cours lombardes gibelines. On attribue ordinairement à Bonifacio Bembo la composition des cartes Visconti-Sforza, mais on mentionne également les noms des Zavattari ou d’Antonio Bembo. Ces cartes seront peintes entre 1441 et 1447.

Les spectacles théâtraux de rue du XVe siècle, les Trionfi populaires, s’inspirent des arcanes. Ils récupéreront la tradition des processions religieuses ou des cortèges précédant les joutes moyenâgeuses de cavaliers ; ces carnavals et ces cortèges fleuriront durant la Renaissance italienne. On y verra en procession pages, cavaliers, dames et rois. Il y aura, dans le duché milanais, un cortège rangé de chars triomphaux.

- « Il y avait ensuite des représentations publiques, empruntées aux Trionfi littéraires, sur la base du très célèbre texte de Pétrarque, au cours desquelles se succédaient le Triomphe d’Amour (L’Amoureux), le Triomphe de la Chasteté (Tempérance), le Triomphe de la Mort (carte XIII), celui de la Fortune (X ou XXI), du Temps (l’Hermite) et de l’Éternité (le Jugement). Le Char triomphal apparaît également sur la carte (du Chariot). Le roi Carnaval présidait les Triomphes récités les jours de fêtes. Il est représenté dans la carte I. »
- - - Gabriele Mendele, I tarrochi di Visconti

De tous les tarologues actuels, Andréa Vitali, spécialiste italien de l’iconographie historique du Tarot, est probablement le médiéviste le plus pertinent.

Il explique que les abstractions mystiques et éthiques du tarot rappelleraient de manière pédagogique les cinq triomphes de Pétrarque « décrivant les forces fondamentales qui... gouvernaient l’humanité en fonction d’une hiérarchie bien établie ». Selon lui, les vingt-deux arcanes majeurs seraient organisés selon une logique ascendante touchant les vues aristotéliciennes du cosmos :

- « ...la Première Maison, à savoir Dieu, existe dans toute sa complétude, loin des êtres humains qui ne peuvent comprendre sa volonté qu’au travers des intermédiaires comme en témoigne la composition de ce qu’on a appelé le Tarot de Mantegna. Le jeu, composé à la même époque que le Tarot Visconti-Sforza, illustre les différentes conditions humaines, les Vertus, les Arts libéraux, les Muses et les Sphères célestes, en indiquant à l’homme la route à prendre pour arriver à la Première Maison, autrement dit à Dieu. »
- - - Andréa Vitali, Le Visconti-Sforza

Selon ce point de vue, l’homme serait le Bateleur. Il est orienté par ses seigneurs terrestres, l’Impératrice et l’Empereur, ainsi que par ses maîtres spirituels : la Papesse et le Pape. Il devra dépasser ses désirs par l’Amoureux, par l’acte du mérite de Tempérance. Il agira de même avec la notion de pouvoir, imagée par le Chariot, ainsi que le contrôle de la Force. La Roue de Fortune exprimera à ce moment la conscience du caractère éphémère de toute ambition humaine.

- « (...) L’Hermite représente le Temps auquel tout individu doit se soumettre, alors que le Pendu symbolise l’impuissance humaine face à la Mort.

L’Au-delà est représenté selon la conception médiévale typique : l’Enfer et, par suite, le Diable, se trouve au centre de la Terre au-dessus de laquelle s’étendent les Sphères Célestes ».

- « Tout comme dans le cosmos aristotélicien, la sphère terrestre est entourée de "feux célestes" représentés par des Sagitte (éclairs) qui s’abattent sur une Tour (La Tour foudroyée). »

L’Étoile, la Lune et le Soleil représentent les astres se situant juste avant le paradis et l’éternité, la plus haute sphère « l’Empyrée, où vivent les Anges qui, le jour du Jugement Universel, seront appelés à réveiller les morts dans leurs tombes. Ce jour-là, la Justice divine triomphera en pesant les âmes et en divisant les bons et les méchants ».

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Le Monde et Le Christ en majesté : St Sernin Toulouse

Ainsi, on donnera aux justes la Jérusalem céleste évoquée par le Christ en majesté, le Monde, aux autres on offrira le Mat, l’errance loin du royaume du Père.

La Renaissance italienne et le néosyncrétisme platonicien

Si l’on observe le Tarot du point de vue à la fois historique, sociologique, spirituel et iconographique, on remarque une liaison existant avec le courant philosophique du syncrétisme de la Renaissance florentine. Une idée s’élabora alors, selon laquelle la révélation platonicienne engendrerait seule la vérité irrévocable :

- « Révélation primordiale de Dieu aux premiers hommes qui peuplent la Terre, révélation dont on retrouve trace dans toutes les anciennes religions et qui est interprétable en termes platoniciens. »

Cela signifie que pour Marsile Ficin, tout comme pour Pic de la Mirandole :

- « Hermès Trismégiste, Zoroastre, Moïse et Orphée étaient au même titre dépositaires d’uneseule véritéocculte...Cette vérité s’exprime dans la magie néo­platonicienne et arabe ainsi que dans la kabbale juive. »

Les philosophes byzantins chassés de Constantinople seront la source d’une nouvelle richesse pourle syncrétisme platonicien. Ceci arriva peu avant que les Turcs ottomans conduits par Mehmet II le Conquérant ne conquissent Constantinople en 1463.

À partir de 1438, le congrès de Ferrare et de Florence constate des échanges plus importants entre les intellectuels latins et byzantins.

- « Les contacts entre Grecs et Latins s’accentuent (...) Bon nombre de savants et de lettrés byzantins émigrent vers l’Occident dès le début du XVe siècle et avant tout vers l’Italie où le congrès de Florence fut un exceptionnel point de rencontre. »

- (Ces derniers) « transportèrent avec eux bon nombre de manuscrits dans lesquels une majorité d’œuvres antiques...les apports permirent de partir à la redécouverte des textes grecs de l’Antiquité ».
- Alain Ducellier, Les Byzantins

Parmi ces byzantins, le cofondateur de l’université de Constantinople, Jean Argyropoulos, arrive en Italie en 1434 pour enseigner à Florence.

Non moins illustre, Gémiste Plethon y demeure en 1440. Ses thèses, voisines du platonisme absolu, stimuleront l’humaniste et fondateur de l’Académie platonicienne, Marsile Ficin. La période, dorénavant, encourage le syncrétisme néoplatonicien spécifique à la Renaissance italienne.

L’effort d’une synthèse religieuse fut enfin réalisé, imprégnée comme le dit Georges Bataille, dans la Théorie de la religion, par « le souci de faire la somme de ce qu’ont révélé des possibilités religieuses séparées et de faire du contenu qui leur est commun le principe d’une vie humaine élevée à l’universalité ».

Pour les lecteurs souhaitant approfondir le sujet du catharisme et le Tarot, il existe une synthèse, Une étude intéressante de Bob O’Neill sur les influences possibles entre le catharisme et le Tarot, à l’adresse Internet suivante : http://www.tarot.com/about-tarot/library/boneill/index

Alain Bougearel Copyright : CDRom "L’art du Tarot" : Recherches historiques atypiques Editions Alsyd.

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